Suite à ma note parue mardi dernier sur l'impact climatique de l'A380 et plus généralement sur celui de transport aérien je me suis en relation avec Jean-Marc Jancovici qui m'a transmis l'intégralité du message envoyé à la presse et aux responsables politiques :
Chers journalistes (et chers politiques, à qui j'envoie copie de ce
message),L'Airbus A380, qui va apparemment tenir le devant de la scène dans les jours à venir, justifiant même un speech présidentiel, est comme la Guerre des Etoiles : il y a aussi un "dark side" à l'affaire. Comme je doute que le dossier de presse d'Airbus ou de Matignon en fassent grand cas, votre serviteur va tenter d'attirer très modestement votre attention dessus, en espérant que je pourrai tout aussi modestement éveiller votre curiosité et que vous aurez envie de creuser un peu cette question, même si je doute que la régie publicitaire de votre média voie cela d'un très bon oeil :-) (petite pique pour mes correspondants de France Info, dont je sais bien qu'ils n'en peuvent mais : cela est désormais valable même pour cette radio, depuis que Easy Jet - ou un de ses concurrents, j'ai peut-être mal noté - sponsorise la météo !).
La dark side en question n'est en fait qu'une évidence : un avion consomme du pétrole. Ce faisant, l'aviation participe à la diminution des ressources pétrolières, et émet des gaz à effet de serre. L'aviation ne consomme certes qu'une petite fraction du pétrole annuellement extrait dans le mond (quelques %), mais c'est l'usage qui croît le plus vite sur les dernières décennies, et en prolongation tendancielle il pourrait en représenter plusieurs dizaines de % d'ici 40 ans ! (ce qui signifie que cela n'arrivera pas, c'est tout, et que la régulation involontaire se mettra en place avant). Si nous prenons l'exemple de la France, de 1973 à 2000 (donc avec 2 chocs pétroliers inclus), pendant que la consommation de carburants routiers augmentait de 2,4% par an, celle de carburants aériens servis aux avions passant par un aéroport français augmentait de 4,5% par an (voir détails à la fin du message).
Par ailleurs, à consommation égale de carburant, un avion a un impact climatique qui vaut 1 à 5 fois celle d'un transport routier, à cause du fait que les émissions ont lieu à haute altitude (voir détails à la fin du message).
Enfin l'économie de carburant par passager, argument qui sera très probablement mis en avant par Airbus, ignore l'augmentation du trafic, qui fait plus que compenser les économies par personne. Tous les exemples historiques montrent que la baisse de la consommation unitaire a généralement été de pair avec une hausse de la consommation globale, quelle que soit l'énergie considérée. C'est vrai pour la voiture (les voitures consommaient plus aux 100 kilomètres en 1970 qu'aujourd'hui, mais la quantité annuelle de carburant routier consommé en France a quand même doublé depuis !), pour l'électricité (un frigo d'aujoud'hui consomme beaucoup moins qu'un frigo d'il y a 30 ans, et cela est vrai pour 'nimporte quel appareil électro-ménager, et pourtant la consommation globale d'électricité des ménages a été multipliée par 5 environ depuis 1970), etc.
L'économie par passager n'est valable que si le trafic ne croît pas, mais je ne pense pas que le business plan d'Airbus soit basé sur la perspective d'un trafic aérien stable !!! En fait le seul déterminant de l'économie, c'est la hausse du prix. Je rappelle que le kérosène ne fait l'objet d'aucune taxe, alors que c'est le carburant le plus polluant pour le climat, à cause du facteur 1 à 5 mentionné ci-dessus.
Enfin certains d'entre vous seront probablement intéressés par le fait qu'allumer une ampoule de 100 watts pendant 1 heure, ou faire 200 mètres en avion (par personne, bien sûr), c'est pareil. Un aller-retour Paris New York, par exemple, c'est 60.000 heures (environ 7 ans) d'ampoule allumée, et si vous voyagez en business vous pouvez multiplier cela par 2,5 (parce qu'un fauteuil business prend 2,5 fois plus d'espace au sol qu'un fauteil de seconde).
Si vous estimez que ce que vous devez à vos lecteurs est une information factuelle, et non la simple mise en forme des communiqués de presse du gouvernement ou d'Airbus (qui préparent mieux à la vente de Coca-cola que le contenu de ce message, c'est sûr !!!), ne pensez vous pas qu'il serait pertinent d'apporter à votre audience aussi des informations sur les inconvénients de cette inauguration, et que plus nous nous félicitons de l'augmentation des moyens affectés au transport aérien aujourd'hui, et moins nous pourrons venir nous plaindre des chocs pétroliers et/ou du changement climatique "plus tard" ?
J'ai bien conscience que d'attirer l'attention du lecteur sur cette question, quand l'émetteur de l'info (journaliste ou politique) est généralement un consommateur d'avion au-dessus de la moyenne, ne fait qu'ajouter à la difficulté, mais vous savez que vous faites un dur métier !
Très cordialement à tous
Jean-Marc Jancovici
Quelques pages de documentation pour en savoir plus : sur les effets climatiques du transport aérien :
http://www.manicore.com/documentation/aeroport.html
sur les ressources pétrolières :
http://www.manicore.com/documentation/reserve.html
sur le difficile mariage de la "croissance" et de la solution VOLONTAIRE
aux problèmes évoqués ci-dessus :
http://www.manicore.com/documentation/serre/croissance.html (sachant qu'en l'absence de solution volontaire, le système se régulera quand même avec des solutions que nous n'aurons pas choisies, ce n'est là que de la physique élémentaire)
sur ce que cela signifie de parvenir à une stabilisation VOLONTAIRE de
la quantité de CO2 dans l'air :
http://www.manicore.com/documentation/serre/quota_GES.html (idem : en l'absence de solution volontaire, c'est une régulation involontaire qui se chargera d'engendrer la baisse durable des émissions) sur les économies d'énergie :
http://www.manicore.com/documentation/economies.html






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